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dimanche 3 juillet 2016

Les rêveries du dimanche #20

Bonjour !

Tous les dimanches, nouvelle publication d'un récit (en langue française) d'un jeune romancier français, ou plutôt une jeune romancière française puisqu'il s'agit de moi : Zoé Herzine Hoibian-Labonne.
Je vous rappelle que j'ai 16 ans, que je suis instruite en famille pour le moment depuis 10 ans et que j'ai pour passion la lecture et l'écriture. Me voici donc apprentie écrivain de langue française. Vous pourrez me lire chaque dimanche dans mon récit de jeune romancier français en herbe !

Voici donc les rêveries du dimanche #20 !

Le premier épisode du feuilleton ici !
Et le deuxième ici !
Le troisième ici !
Le quatrième ici !
Le cinquième ici !
Le sixième ici !
Le septième ici !




Place du Beffroi
Lucie




Ce n'est qu'en finissant de m'habiller que je me rends compte que je vais être en retard. Je saisis mon manteau et me précipite dans les escaliers. Comme je m'y attendais, la galerie est déjà bien remplie. L'exposition devrait avoir du succès.
J'entre dans la galerie et souris aux quelques personnes qui me saluent. Je me dirige vers le buffet afin de prendre quelque chose à boire lorsque Catherine surgit de derrière moi et me dit à l'oreille.
-« Ah, tu es enfin là ! Regarde..., » continue-t-elle en me montrant du doigt un homme de dos.
Je le regarde sans vraiment comprendre.
-« C'est quelqu'un qui est venu voir l'exposition, c'est un peu pour ça qu'on est ici, non ? »
Catherine lève les yeux au ciel.
-« Ce n'est pas "quelqu'un", c'est Arthur ! »
Je jette un nouveau coup d’œil à mon amie, histoire d'être sûre qu'elle ne plaisante pas, mais son air sérieux m'interdit tout doute.
-« Qu'est-ce que tu attends ? Vas le voir !, » m'encourage Catherine.
-« Pourquoi ? On ne peut pas le laisser tranquille ?, » je ronchonne. « Et puis, qu'est-ce que je vais lui dire ? »
Mon amie hausse les épaules.
-« Ce que tu veux. N'importe quoi. Allez, vas-y !, » dit-elle en me poussant légèrement vers Arthur.
Je pousse un soupir inaudible et m'avance. Tout en franchissant les quelques mètres qui me sépare d'Arthur, je réfléchis rapidement aux premiers mots que je vais lui adresser. Arrivée derrière lui, je pose ma main sur son épaule, tout en regrettant aussitôt mon geste. C'est beaucoup trop familier, pourquoi ai-je fait ça ? Arthur se retourne, l'étonnement se peignant sur son visage. Je ne suis visiblement pas celle qu'il pensait trouver.
-« Je ne m'attendais pas à vous voir ici », dis-je en essayant de ne pas sourire.
Je vois bien que, devant moi, Arthur se creuse la tête afin de trouver quoi me répondre. Je n'ose pas le regarder dans les yeux tandis que lui, de son côté, ne s'en sort pas mieux. Au bout d'un silence qui me semble durer un siècle, il ouvre enfin la bouche, malheureusement tout ce qui en sort est un "ah" qui me laisse dubitative durant quelques secondes. Je souris avant d'expliquer.
-« Catherine m'a dit que vous étiez là. Je viens d'arriver. »
J'ai presque l'impression de m'excuser, comme si j'étais en retard à un rendez-vous. Je vois Arthur m'observer, toujours sans parler. Cherchant quelque chose à dire, je lui demande :
-« Alors, vous aimez la photographie ? »
Contrairement à ce à quoi je m'attendais, il a l'air surpris. Pourtant s'il est venu ce soir, c'est bien pour l'art, non ? À moins que... Non. Je chasse cette pensée de ma tête. Il n'est certainement pas venu ici pour moi.
-« Celle-là, oui », dit-il avec un geste de la main en direction des cadres accrochés aux murs.
-« Je n'ai pas vraiment pris le temps de regarder l'exposition en détail », je concède avec un sourire.
Maintenant que nous sommes bien lancés, je l'entraîne autour de la salle d'exposition. Je lui critique, à grand renfort de gesticulations, mes photographies préférées. Je pourrais continuer pendant des heures, mais Arthur prend soudain la parole.
-« Et si on sortait ? »
Je stoppe mon explication et regarde autour de moi, sans vraiment savoir ce qui me pousse à faire ça.
-« D'accord. »
Après tout, ce n'est pas une mauvaise idée. L'atmosphère de la galerie est devenue étouffante et une petite marche dehors ne me fera pas de mal.
Une bouffée d'air frais m’accueille une fois la porte refermée derrière nous. Bien qu'il ne soit que huit heures et demi, les rues sont presque vides.
-« C'est étrange, » dit soudain Arthur, « j'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulé depuis ce matin. »
Sa réflexion me fait rire. Je ne partage pas vraiment son avis.
-« Moi, j'ai plutôt le sentiment que tout c'est passé très vite. »
C'est la vérité. Je n'ai pas vu le temps passer et les événements de ce matin auraient très bien pu se produire une heure auparavant. Profitant du ciel sans nuage, je lève mon regard vers la voie lactée. Une question me trotte néanmoins dans la tête et finit par franchir mes lèvres.
-« Je voulais savoir, qu'est-ce qui t'as vraiment poussé à venir vers moi au bar ? »
Je ne sais pas ce qui m'a poussé à tutoyer Arthur, mais je décide de ne pas me reprendre.
-« Eh bien, » commence-t-il doucement, « je ne te connaissais pas. Tu étais un nouveau détail dans ma routine du samedi matin. De plus, je voulais vraiment savoir ce que tu dessinais. Et puis... » Je le vois douter. « Et puis, tu es jolie. »
Je ne m'attendais pas du tout à ça et je m'arrête brusquement. Je sais que je suis en plein milieu de la route. Je m'en fiche. Ce n'est pas ce qui compte en ce moment.
-« C'est vrai ? » Je demande en me tournant vers lui. « C'est pour ça, et pas pour de "la curiosité mal placée" que tu t'es levé ? »
Je veux être sûre. Je veux savoir.
-« Oui. Oui, c'est ça. Je ne l'ai pas dit parce que je ne voulais pas être trop... insistant. » Il lève les yeux, comme s'il cherchait ses mots. « Et toi ? Pourquoi t'es-tu retournée ? Pourquoi n'es-tu pas partie ? »
Je regarde Arthur dans les yeux.
-« Parce que tu as parlé de maladresse, tu as dit « mais pourquoi suis-je aussi maladroit ? » ou quelque chose comme ça, tu te souviens ? Et la maladresse, ça me connaît. »
Il sourit à ma dernière phrase. La température s'est refroidie et je sens un frisson me traverser. Arthur me prend mes mains dans les siennes, geste qui me surprend, mais je ne laisse rien paraître. Ses mains sont chaudes.
-« J'ai froid », dis-je inutilement.
Je ne sais pas ce que ces deux mots amorce chez Arthur, mais après deux petites secondes, ses lèvres finissent contre les miennes. Il se reprend vite et nous nous séparons. Arthur baisse les yeux et se plonge dans la contemplation de ses chaussures. Je ne veux pas lui donner de faux espoirs et articule, la bouche vaguement pâteuse.
-« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée. On se connaît à peine et puis, je viens de sortir d'une relation compliquée et je ne crois pas avoir envie de d'en commencer une autre. »
-« Je... », bégaie-t-il, « je comprends. Je comprends ce que tu peux ressentir, enfin je crois. »
Je lui souris une dernière fois avant de retourner vers la galerie. Ce n'est qu'après quelques mètres que je l'entends me crier :
-« Merci ! »

FIN


I Found (Amber Run)
(Cover sur ma chaîne YouTube !)


Et si vous voulez écouter le texte....



A bientôt !

dimanche 19 juin 2016

Les rêveries du dimanche #19

Bonjour !

Tous les dimanches, nouvelle publication d'un récit (en langue française) d'un jeune romancier français, ou plutôt une jeune romancière française puisqu'il s'agit de moi : Zoé Herzine Hoibian-Labonne.
Je vous rappelle que j'ai 16 ans, que je suis instruite en famille pour le moment depuis 10 ans et que j'ai pour passion la lecture et l'écriture. Me voici donc apprentie écrivain de langue française. Vous pourrez me lire chaque dimanche dans mon récit de jeune romancier français en herbe !

Voici donc les rêveries du dimanche #19 !

Le premier épisode du feuilleton ici !
Et le deuxième ici !
Le troisième ici !
Le quatrième ici !
Le cinquième ici !
Le sixième ici !




Place du Beffroi
Lucie





Catherine reste assise tandis que je pars vers la cuisine avec les restes de notre repas.
-« Tu viens au vernissage, ce soir, n'est-ce pas ?, » me demande mon amie depuis le salon. 
-« Oui, je pense, » dis-je en posant les assiettes dans l'évier. « Enfin, je ne suis pas totalement sûre... »
Catherine, qui vient de me rejoindre à la cuisine, me regarde avec des yeux ronds.
-« Comment ça, tu n'es pas totalement sûre ? Tu étais toute enthousiaste hier ! »
Je me tourne pour regarder mon amie dans les yeux.
-« J'ai un livre à finir et puis, je pourrais toujours venir voir l'exposition un autre jour, » j'argumente, tout en sachant très bien que c'est de la mauvaise foi.
Catherine fronce les sourcils.
-« Non, il y a autre chose... » Elle penche la tête sur le côté. « Je sais! Ce ne serait pas à cause d'Arthur ? »
J'écarquille les yeux.
-« Non, pas du tout ! Je ne vois pas ce qu'il vient faire là-dedans. »
En même temps, dans un coin de mon esprit, je sais qu'elle n'a pas tort. Je n'ai pas vraiment envie de sortir, parce qu'une partie de moi préfère rester tranquille et se construire des scénarios improbables sur cet Arthur avec lequel j'ai à peine échangé trois mots. Mais d'un autre côté, j'ai bien envie de sortir avec Catherine, de m'amuser et de ne plus penser aux hommes.
Mon dernier compagnon m'a récemment quitté pour une grande blonde pulpeuse qui riait bêtement à tout ce qu'il disait, y compris quand il lui demandait de lui passer le sel, bref une caricature vivante.
-« Alors ?, » dit Catherine en interrompant mes pensées.
-« Alors quoi ? »
-« Tu viens au vernissage, oui ou non ? »
Cette fois, je n'hésite pas.
-« Oui. Ça va être sympa. »
-« Et une bonne nouvelle ! », s'écrie mon amie en se dirigeant de nouveau vers le salon. « Il va falloir que tu trouves quoi te mettre, » continue-t-elle.
-« Oh, je crois que j'ai déjà ma petite idée... » Je souris. « Tu sais cette petite robe verte que je n'ai jamais porté ? C'est une bonne occasion pour enfin l'étrenner. »
Catherine rit.
-« Oh, je suis contente que tu aies décidé de venir ! Ce n'aurait pas été drôle sans toi. »
Elle prend son manteau et son sac.
-« Il va falloir que tu m'aides un peu, à la galerie, pour finir de préparer le buffet et les deux-trois petites chose qui restent à faire. Peux-tu venir ? »
-« Bien sûr, je finis de ranger et je te rejoins, » je la rassure.
Une fois Catherine sortie, je souris intérieurement en pensant à la soirée qui s'annonce. Quelques heures sans penser aux yeux verts d'Arthur ne me feront pas de mal.

Le dernier épisode : dimanche 3 Juillet...

Quelque Part Ailleurs (Axelle Red)
(Cover sur ma chaîne YouTube !)


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A bientôt !

dimanche 5 juin 2016

Les rêveries du dimanche #18

Bonjour !

Tous les dimanches, nouvelle publication d'un récit (en langue française) d'un jeune romancier français, ou plutôt une jeune romancière française puisqu'il s'agit de moi : Zoé Herzine Hoibian-Labonne.
Je vous rappelle que j'ai 16 ans, que je suis instruite en famille pour le moment depuis 10 ans et que j'ai pour passion la lecture et l'écriture. Me voici donc apprentie écrivain de langue française. Vous pourrez me lire chaque dimanche dans mon récit de jeune romancier français en herbe !

Voici donc les rêveries du dimanche #18 !

Le premier épisode du feuilleton ici !
Et le deuxième ici !
Le troisième ici !
Le quatrième ici !
Le cinquième ici !




Place du Beffroi
Arthur




En m'approchant de la galerie de Catherine, je commence à percevoir des éclats de voix. Je suis un peu en retard, mais ça ne me dérange pas trop. Je préfère arriver quand il y a déjà du monde afin de ne pas trop me faire remarquer.
J'étais plutôt calme en partant de chez moi, mais à présent que je m'apprête à pousser la porte, mon cœur accélère sa cadence. Ça fait longtemps que je n'ai pas parlé avec une femme, du moins une qui me plaît, et je n'ai pas envie de tout gâcher.
La galerie est déjà occupée par une bonne vingtaine de personnes. J'essaie de repérer Lucie, mais je ne la vois nulle part. En attendant qu'elle arrive – et dans la mesure où je ne connais personne – je me contente de regarder l'exposition. Sur des fonds lumineux, souvent en contre-jour, se dégagent des visages en noir et blanc. Inconscients de l'objectif du photographe, ils regardent au loin. Je suis plongé dans la contemplation des photographies lorsqu'une main se pose sur mon épaule. C'est Catherine. Je réprime un petit sursaut. J'avais presque oublié que la raison première de ma venue ici n'est pas mon amour de la photographie.
-« Bonsoir Catherine », dis-je.
-« Bonsoir, Arthur. Tu es là depuis longtemps ? »
Honnêtement, je n'en ai aucune idée.
-« Non, je ne crois pas », je réponds pourtant.
-« Je suis contente que tu sois venu voir cette exposition », continue-t-elle.
J'ai la désagréable sensation qu'elle sait exactement pourquoi je suis ici. Je lui souris et me dirige vers le buffet. Je ne sais plus trop si je souhaite vraiment voir Lucie ou non. Je suis en train de peser le pour et le contre de la situation tout en grignotant distraitement des cacahuètes quand, pour la deuxième fois de la soirée, je sens une main sur mon épaule. Je me retourne, m'attendant à voir Catherine, mais ce sont les yeux bleus de Lucie que mon regard rencontre.
-« Je ne m'attendais pas à vous voir ici », dit-elle simplement, sans sourire.
Je ne sais quoi répondre. Moi si, c'est pour ça que je suis venu. Moi si, mais j'avais peur que vous ne veniez pas tout en ayant peur que vous veniez. Moi si, je suis même renseigné sur vous parce que, depuis ce matin, vous n'avez pas quitté mon esprit.
Toutes ces pensées (et bien d'autres) s'entrecroisent et tourbillonnent dans ma tête, de sorte que tout ce qui parvient à sortir de ma bouche est un "ah" très peu engageant. Je m'attends à ce que Lucie se montre étonnée de me voir ici, agacée de ma réponse, voire les deux, mais elle sourit avant de dire :
-« Catherine m'a dit que vous étiez là. Je viens d'arriver », ajoute-t-elle comme pour s'excuser.
Je lui rends son sourire, toujours sans rien dire. Je profite de notre silence commun pour l'observer un peu plus en détails, ce que je n'avais pas pris le temps de faire ce matin.
Elle a remonté sa chevelure en un chignon haut rehaussé d'une pique à cheveux, ce qui lui découvre la nuque et révèle un grain de beauté situé sous son oreille gauche. Elle est habillée simplement, d'une robe patineuse vert d'eau. Elle est plus petite que ce que j'avais pensé.
-« Alors, vous aimez la photographie ? »
La question de Lucie me prend légèrement au dépourvu.
-« Celle-là, oui », dis-je en englobant la pièce de la main.
-« Je n'ai pas vraiment pris le temps de regarder l'exposition en détails », avoue-t-elle sans se départir de son sourire.
Nous continuons à discuter tout en faisant le tour de la salle d'exposition. Contrairement à ce que j'avais imaginé, une fois lancé, les mots viennent facilement. Lucie s'intéresse, en plus du dessin, particulièrement à la photographie et prend son temps pour m'analyser ses clichés préférés. Je l'écoute sans vraiment prêter attention à ses paroles, me concentrant plus sur ses mimiques que sur ses mots.
-« Et si on sortait ? », dis-je soudain.
Lucie s'interrompt et regarde autour d'elle avant de répondre :
-« D'accord. »
Une fois dehors, nous nous éloignons un peu de la galerie, marchant côte à côte dans les rues presque vides.
-« C'est étrange », je commence, « j'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulée depuis ce matin. »
Lucie laisse échapper un rire.
-« Moi, j'ai plutôt le sentiment que tout c'est passé très vite. »
Elle lève la tête vers les étoiles naissantes et dit :
-« Je voulais savoir, qu'est-ce qui t'as vraiment poussé à venir vers moi au bar ? »
Nous sommes presque à la sortie du village. Après les dernières maisons, les réverbères laissent la place à la nuit. Je viens juste de me rendre compte que Lucie me tutoie.
-« Eh bien, je ne te connaissais pas. Tu étais un nouveau détail dans ma routine du samedi matin. De plus, je voulais vraiment savoir ce que tu dessinais. Et puis... » J'hésite à laisser sortir cette dernière phrase. « Et puis, tu es jolie. »
Cette fois, Lucie s'arrête. En plein milieu de la route. Et elle se tourne vers moi.
-« C'est vrai ? C'est pour ça, et pas pour de "la curiosité mal placée" que tu t'es levé ? »
Maintenant que je l'ai exprimé à voix haute, ce sentiment me semble tellement plus simple à aborder.
-« Oui. Oui, c'est ça. Je ne l'ai pas dit parce que je ne voulais pas être trop... insistant. » Je ne suis pas sûr que ce soit le mot juste. « Et toi ? Pourquoi t'es-tu retournée ? Pourquoi n'es-tu pas partie ? »
Lucie pose ses yeux dans les miens.
-« Parce que tu as parlé de maladresse, tu as dit « mais pourquoi suis-je aussi maladroit ? » ou quelque chose comme ça, tu te souviens ? Et la maladresse, ça me connaît. »
Sa dernière phrase me fait sourire. Nous sommes deux maladroits qui ne savons pas quoi faire, debout au milieu d'une rue qui est déjà presque une route. Lucie commence à frissonner. Je prends ses mains dans les miennes. Elles sont glacées.
-« J'ai froid », dit-elle.
Et cette déclaration s'avère être le déclencheur de je ne sais quelle réaction qui me fait me pencher très légèrement en avant et l'embrasser.
Mais contrairement à ce qui passe dans les films, le temps ne s'arrête pas et un orchestre symphonique n'accompagne pas ce moment. Nous nous séparons et une bonne minute s'écoule avant que l'un de nous ne prenne de nouveau la parole.
-« Je ne crois pas que ce soit une bonne idée », articule Lucie. « On se connaît à peine et puis, je viens de sortir d'une relation compliquée et je ne crois pas avoir envie de d'en commencer une autre. »
-« Je... », commence-je, « je comprends. Je comprends ce que tu peux ressentir, enfin je crois. »
Finalement, après un dernier regard, nous reprenons notre route, moi vers ma ferme, et elle vers la galerie. Une seule fois, je me retourne pour lui crier :
-« Merci ! »

La suite : dimanche 19 Juin...

Hey There Delilah (Plain White T's)
(Cover sur ma chaîne YouTube !)


Et si vous voulez écouter le texte....



A bientôt !

dimanche 22 mai 2016

Les rêveries du dimanche #17

Bonjour !

Tous les dimanches, nouvelle publication d'un récit (en langue française) d'un jeune romancier français, ou plutôt une jeune romancière française puisqu'il s'agit de moi : Zoé Herzine Hoibian-Labonne.
Je vous rappelle que j'ai 16 ans, que je suis instruite en famille pour le moment depuis 10 ans et que j'ai pour passion la lecture et l'écriture. Me voici donc apprentie écrivain de langue française. Vous pourrez me lire chaque dimanche dans mon récit de jeune romancier français en herbe !

Voici donc les rêveries du dimanche #17 !

Le premier épisode du feuilleton ici !
Et le deuxième ici !
Le troisième ici !
Le quatrième ici !




Place du Beffroi
Arthur



Tandis que je compose le numéro de Marie-Louise, Nicolas me lance un « à bientôt, Arthur ! » avant de sortir. Je le salue de la main, avant de rapporter mon attention sur mon téléphone. Au bout de deux sonneries, la voix gouailleuse de Marie-Louise me répond :
-« Allô, Arthur ? »
-« Oui, c'est moi. Je ne te dérange pas, j'espère ?»
-« Non, pas du tout, ne t'en fais pas. Alors, qu'est-ce qu'il y a ? » Elle marque une petite pause. « C'est à propose de la fille avec laquelle tu as parlé ce matin ? »
J'aime la façon qu'a Marie-Louise de deviner ce que les gens veulent avant qu'ils ne le disent.
-« Exactement », j'acquiesce. « Je voulais juste savoir si, par le plus grand des hasards, tu ne connaîtrais pas son nom. »
Le rire de Marie-Louise me fait sourire.
-« Son nom et bien plus que ça ! », dit-elle non sans humour avant de rester silencieuse pendant un moment.
-« Alors ? », je demande en essayant de retenir une impatience montante.
-« Alors, elle s'appelle Lucie, pour commencer. »
Lucie. C'est un beau prénom, plein de lumière. J'avoue que je n'ai pas vraiment tenté de lui imaginer un prénom, je m'étais juste contenté de l'appeler "l'inconnue" dans ma tête. Lucie. Lucie.
-« Elle a emménagé ici il y a quinze jours, je crois, et elle n'est pas beaucoup sortie, c'est sans doute pour ça que tu ne l'avais jamais vu », continue Marie-Louise.
Mon cerveau se crée rapidement un film autour de Lucie dans son nouvel appartement, déballant des cartons remplis à craquer de dessins.
-« Elle habite où ? Si jamais ce n'est pas indiscret, je veux dire », je m'empresse d'ajouter afin de ne pas paraître trop intéressé. 
Au silence qui suit cette déclaration, je sais que Marie-Louise sourit. Son sourire est si large que je crois presque l'entendre à l'autre bout du fil. Le silence commence à s'éterniser. Je suis sur le point de répéter "alors" lorsque Marie-Louise est encore une fois plus rapide.
-« Tu vois la galerie d'art de Catherine Redda ? », me demande-t-elle avant d'enchaîner sans me laisser le temps de répondre : « Lucie habite juste au-dessus. Catherine et elle sont amies et il me semble bien que c'est Catherine qui lui a parlé de cet appartement en premier lieu. D'ailleurs, il y a un vernissage public ce soir, à dix-neuf heures trente. Lucie y sera peut-être ? »
Je n'arrive pas à déterminer si Marie-Louise est moqueuse ou sincère.
-« J'irais probablement y faire un tour », dis-je. « Merci pour la conversation, Marie-Louise. »
-« Mais de rien, Arthur. C'était un plaisir. »
Après avoir raccroché, je m'accorde cinq minutes de réflexion. Finalement, je sors de nouveau mon téléphone et envoie rapidement deux messages à Nicolas :
« Mon inconnue s'appelle Lucie et elle sera sûrement à un vernissage ce soir. »
« Et j'y vais. »

La suite : Dimanche prochain...

Les Choses Les Plus Simples (Gabriel Yacoub)
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A bientôt !

dimanche 24 avril 2016

Les rêveries du dimanche #16

Bonjour !

Tous les dimanches, nouvelle publication d'un récit (en langue française) d'un jeune romancier français, ou plutôt une jeune romancière française puisqu'il s'agit de moi : Zoé Herzine Hoibian-Labonne.
Je vous rappelle que j'ai 16 ans, que je suis instruite en famille pour le moment depuis 10 ans et que j'ai pour passion la lecture et l'écriture. Me voici donc apprentie écrivain de langue française. Vous pourrez me lire chaque dimanche dans mon récit de jeune romancier français en herbe !

Voici donc les rêveries du dimanche #16 !

Le premier épisode du feuilleton ici !
Et le deuxième ici !
Le troisième ici !




Place du Beffroi
Lucie




Il est plus d'une heure de l'après-midi quand je quitte le café. Je n'ai rien mangé, et la faim commence à se faire sentir. Mon sac sous le bras, je me dirige vers mon appartement. En passant devant la boulangerie, je remarque mon amie Catherine qui en sort.
-« Lucie ! », s'écrie-t-elle en me voyant. « Justement, je voulais passer te voir. Je n'ai pas encore mangé, alors j'ai acheté quelques petites gourmandises, mais je crois que j'en ai pris assez pour deux. As-tu mangé ? »
Je souris devant le flot de paroles de Catherine.
-« Non, pas encore. Dis-moi juste, quelles "petites gourmandises" nous as-tu réservé ? »
Mon amie hausse les sourcils à plusieurs reprises de manière comique, avant de répondre :
-« Surprise ! Je plaisante », ajoute-t-elle. « Des tartes aux sucres, des fricadelles que j'ai prise chez Bruno, du pain et un peu de fromage. Alors, comment s'est passé ta matinée ? »
Mon cerveau augmente un peu sa cadence, histoire de savoir par où commencer.
-« Eh bien, j'ai principalement dessiné », dis-je simplement.
Mais Catherine n'est pas dupe.
-« Principalement ? », appuie-t-elle.
-« J'ai un peu parlé avec un homme, mais ne t'emballes pas ! », j'ajoute afin de couper court au exclamations de mon amie.
-« Alors, de quoi s'agit-il ? », s'exclame-t-elle.
Finalement, je décide de lui faire part des événements .
-« J'étais à ma table et cet homme s'est levé vers moi pour savoir ce que je dessinais. Au début, je n'ai pas voulu, puis je l'ai laissé voir. »
-« Et ? », demande Catherine, impatiente.
-« Et c'est tout. Il m'a dit que c'était beau, puis il est parti. Je ne connais même pas son nom. »
Catherine soupire.
-« Décris-le moi. Avec un peu de chance, je le connais. »
-« Il a les cheveux châtains clairs, les yeux verts, pas mal de taches de rousseur. »
Je tente de me remémorer plus de détails.
-« Il était plutôt musclé, il m'a un peu fait penser à un paysan et quand il est parti, c'était sur un vélo vert. C'est tout ce dont je me souviens », j'admets avec une grimace.
Je ne pense pas que Catherine pourra tirer grand chose de ces informations. Mais le visage de mon amie s'éclaire tandis qu'elle s'exclame :
-« Mais je le connais ! Espèce de petite veinarde ! », sourit-elle. « Il s'appelle Arthur, il vit un peu en dehors du village, il élève des vaches, il a une petite cicatrice à l'avant-bras droit et il est célibataire. »
Je m’apprête à demander à Catherine si elle est certaine de ce qu'elle avance, mais elle continue :
-« En fait, il est célibataire parce que toutes les femmes qu'il a connu sont parties ; je ne sais pas pourquoi. C'est vrai qu'au premier abord, il est d'une timidité maladive, mais une fois qu'on le connaît mieux, ça se calme. Et puis, il est quand même craquant ! »
Je ne peux m'empêcher de rire devant la verve de mon amie. Catherine est (presque) toujours enthousiaste quand il s'agit d'évoquer la vie des gens qu'elle apprécie.

Pendant que Catherine me raconte les derniers détails de la vie de cet Arthur, je me remémore notre rencontre. Ce n'est que lorsque je manque de prendre la porte de mon appartement dans la figure que je me rends compte que nous sommes arrivées. Tandis que j'ouvre la porte, Catherine brandit ses sacs et lance :
-« Assez parlé de garçons ! À table! »

La suite : Dimanche prochain...

New Soul (Yael Naïm)
(Cover sur ma chaîne YouTube !)


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A bientôt !

dimanche 17 avril 2016

Les rêveries du dimanche #15

Bonjour !

Tous les dimanches, nouvelle publication d'un récit (en langue française) d'un jeune romancier français, ou plutôt une jeune romancière française puisqu'il s'agit de moi : Zoé Herzine Hoibian-Labonne.
Je vous rappelle que j'ai 16 ans, que je suis instruite en famille pour le moment depuis 10 ans et que j'ai pour passion la lecture et l'écriture. Me voici donc apprentie écrivain de langue française. Vous pourrez me lire chaque dimanche dans mon récit de jeune romancier français en herbe !

Voici donc les rêveries du dimanche #15 !

Le premier épisode du feuilleton ici !
Et le deuxième ici !




Place du Beffroi
Lucie



Je lève la tête de mon dessin quelques secondes afin de remercier d'un sourire la patronne du bar qui m'apporte mon café. Après en avoir pris une gorgée brûlante, je me mets de nouveau au travail. En une heure, j'ai beaucoup plus avancé que ce que j'avais prévu et j'en suis ravie. Sur les feuilles de mon cahier, le décor est en place et mes personnages presque tous achevés.

Je me sens bien ici. J'ai emménagé il y a quatorze jours, dans un bel appartement du centre-bourg situé juste au-dessus de la galerie d'art de mon amie Catherine. Moi qui ai toujours vécu dans la même grande ville, la campagne me repose et m'inspire. J'ai juste eu un peu de mal à m'habituer au manque de transports en commun !

Soudain, je remarque un homme, quelques tables plus loin, qui me regarde avec insistance. Yeux verts et cheveux châtain clairs, il n'est pas mal. Il me fait un peu penser à un paysan, avec sa carrure. Un paysan comme dans certaines des chansons de Malicorne que j'écoute à nouveau avec plaisir depuis que je vis ici. Je me reprends et continue mon travail tout en l'ignorant. Ce n'est pas le premier à me fixer comme ça et j'imagine que ce ne sera certainement pas le dernier. Mais au bout d'un certain temps, il se lève et vient me voir.
-« Bonjour mademoiselle, excusez-moi... »
Je lève la tête pour le regarder dans les yeux. Malgré ses muscles et sa haute stature, il a l'air timide et assez doux.
-« Oui ? », je dis d'un ton que je veux neutre.
-« Je vous ai remarqué, tout à l'heure et je voulais savoir ce que vous dessiniez. »
Comme entrée en matière, ce n'est pas génial. Je fronce les sourcils et ferme mon cahier. Il tend la main vers moi, avant de stopper son geste, se rendant peut-être compte que c'est inapproprié.
-« Non, non, attendez ! », s'écrie-t-il. « Ne le prenez pas mal, c'est juste... euh... De la curiosité mal placée. »
J'écarquille les yeux. S'il voulait se rattraper, c'est raté. Je lui tourne le dos et commence à ranger mes affaires. J'espère au moins qu'il aura la présence d'esprit de comprendre son erreur et de s'en aller. Mais dans mon dos, je l'entends marmonner :
-« Mais pourquoi est-ce que je suis aussi maladroit ? »
Je laisse échapper un petit rire. La maladresse, je connais bien ça et, étrangement, sa réaction me touche. Je me retourne et dis en essayant de ne pas être trop gentille.
-« Si vous y tenez... C'est pour un projet sur le thème "vie quotidienne". C'est mon idée », j'ajoute.
Je suis sur la défensive. Il faut que je me calme, mais c'est toujours stressant de montrer une de ses créations à quelqu'un pour la première fois. Il me sourit et regarde mon dessin. Je le vois écarquiller les yeux et se pencher pour – je suppose – mieux distinguer les détails. Quand il relève la tête, je vois bien qu'il cherche ses mots.
-« C'est... », hésite-t-il.
-« Ce n'est pas encore terminé », dis-je, un peu agacée par sa timidité, tout en faisant de mon mieux pour ne pas rougir.
-« Mais c'est beau », souffle-t-il.  

La suite : Dimanche prochain...

Le Luneux (Malicorne)
(Cover sur ma chaîne YouTube !)


Et si vous voulez écouter le texte....



A bientôt !

dimanche 10 avril 2016

Les rêveries du dimanche #14

Bonjour !

Tous les dimanches, nouvelle publication d'un récit (en langue française) d'un jeune romancier français, ou plutôt une jeune romancière française puisqu'il s'agit de moi : Zoé Herzine Hoibian-Labonne.
Je vous rappelle que j'ai 16 ans, que je suis instruite en famille pour le moment depuis 10 ans et que j'ai pour passion la lecture et l'écriture. Me voici donc apprentie écrivain de langue française. Vous pourrez me lire chaque dimanche dans mon récit de jeune romancier français en herbe !

Voici donc les rêveries du dimanche #14 !

Le premier épisode du feuilleton ici !




Place du Beffroi
Arthur



Ce n'est qu'une fois que je suis sorti du village, à cheval sur mon vieux vélo vert, que je me rends compte que je ne sais rien de cette femme. Ni son prénom, ni pourquoi elle était au bar du Clocher. Rien. Cette pensée me suit jusqu'à ce que je m'engage sur le chemin de terre qui mène chez moi.

Je pose mon vélo devant la porte de ma grange et interpelle mon garçon de ferme, Nicolas, pour qu'il me rejoigne. Quelques mètres plus loin, devant la porte de ma maison, Nicolas commente :
- « Heureusement que je t'ai aidé à repeindre tes volets ! Ça met de la couleur dans les environs. »
Je jette un rapide coup d’œil à mes volets rouges avant de rentrer, aussitôt suivi de Nicolas. Mon ami – qui est d'ailleurs le seul gars du coin avec lequel je m'entends vraiment bien – se pose immédiatement dans mon canapé.
- « J'ai fini le boulot », me dit-il. « Il faudra juste traire les beautés vers 17h. »
Nicolas met un point d'honneur à appeler mes vaches "les beautés".
- « Merci Nico », je réponds.
- « Dis donc, Arthur, ça s'est bien passé au bar cette semaine ? », me demande-t-il tandis que je m'installe en face de lui sur une chaise. « Tu as une petite mine. »
- « Ah bon ? », je m'étonne. « C'était bien pourtant. J'ai rencontré une femme. »
Nicolas, qui s'apprêtait à se lever, arrête son geste et me regarde avec attention.
- « Jolie ? », dit-il enfin.
- « Oui. Cheveux noirs, yeux bleus, lunettes », énumère-je.
- « Vous avez parlé ? », continue Nicolas.
- « Un peu, mais pourquoi..? », je commence.
- « Comment elle s'appelle ? », me coupe mon ami.
Je soupire.
- « Je ne sais pas. »
- « Tu ne sais pas ? Tu rencontres et parles avec une femme, alors que, désolé, mais c'est vrai, ça ne t'arrive pas souvent, et tu ne prends même pas deux secondes pour lui demander son prénom ? »
- « Je sais. Mais ça n'a pas très bien commencé entre nous, alors je n'ai pas voulu l'embêter avec des détails », j'essaye de me justifier.
Cette fois, Nicolas me regarde comme s'il était très inquiet quant à mes capacités intellectuelles.
- « Des détails », marmonne-t-il. « Tu rencontres une femme belle et sympa, mais tu ne vas pas lui demander son prénom, non, c'est un détail ! »
Nicolas pousse un bref soupir.
- « Tu sais ce que tu vas faire ? », me demande-t-il.
- « Non, mais je sens que tu vas me le dire dans quelques secondes », j'ironise.
- « Très drôle », commente mon ami. « Téléphone à Marie-Louise. Je suis sûre qu'elle sait qui est ton inconnue. »


La suite : Dimanche prochain...

Jimmy (Moriarty)
(Cover sur ma chaîne YouTube !)


Et si vous voulez écouter le texte....



A bientôt !

dimanche 3 avril 2016

Les rêveries du dimanche #13

Bonjour !

Tous les dimanches, nouvelle publication d'un récit (en langue française) d'un jeune romancier français, ou plutôt une jeune romancière française puisqu'il s'agit de moi : Zoé Herzine Hoibian-Labonne.
Je vous rappelle que j'ai 16 ans, que je suis instruite en famille pour le moment depuis 10 ans et que j'ai pour passion la lecture et l'écriture. Me voici donc apprentie écrivain de langue française. Vous pourrez me lire chaque dimanche dans mon récit de jeune romancier français en herbe !

Voici donc les rêveries du dimanche #13 !

A partir d'aujourd'hui, un feuilleton démarre !




Place du Beffroi
Arthur




Mon café noir est en train de refroidir. Mais ça, ce n'est pas ce qui me tracasse. Quoique ce ne soit pas le mot juste. Ça ne me tracasse pas, non... C'est autre chose.

Je viens au Bar du Clocher tous les samedis.
J'arrive vers 9h-9h30 et je commande invariablement un café noir - sans sucre, sans lait, merci - et un pain aux raisins. Je mange et bois lentement, en regardant les passants et les visages familiers de la place du Beffroi.
Je suis tranquille, c'est ma pause. Je vois les mêmes visages, ça me détend. A midi et demi, la patronne, Marie-Louise, m'apporte une de ses gigantesques omelettes avec un autre café. Tous les samedis, la même routine, mais je ne m'en lasse pas. Il y a toujours de nouvelles conversations à surprendre, de nouveaux regards à croiser et de nouveaux gestes à décoder.

Ça y est, je viens de trouver ce qui cloche : deux tables plus loin, à ma gauche, se tient une inconnue. Elle écrit ou dessine quelque chose dans un carnet, bien qu'elle relève souvent la tête. Ses cheveux noirs lui cachent un peu le visage et ses yeux brillent derrière de larges lunettes. A vue de nez, je lui donne trente ans. Pendant dix à quinze minutes, je la regarde à la dérobée. Puis je ne sais pas ce qui m'arrive, ça me prend soudain : je me lève et vais la voir.

-"Bonjour mademoiselle, excusez-moi..."
Elle lève vers moi de grands yeux bleus, un peu rêveurs, mais décidés.
-"Oui ?"
A présent, je vois qu'elle dessine au crayon à papier. Je me sens gauche et un peu fébrile.
-"Je vous ai remarqué, tout à l'heure et je voulais savoir ce que vous dessiniez."
Elle fronce les sourcils et commence à ranger ses affaires. Je me rends compte que ma phrase n'était pas très habile. Je tente de rattraper ma cause.
-"Non, non, attendez ! Ne le prenez pas mal, c'est juste...euh... De la curiosité mal placé."
Elle arrête son geste et me regarde, les yeux écarquillés, avant de me tourner le dos.

Mais qu'est-ce que j'ai dit ? Qu'est-ce que j'ai bien pu dire ?
Je me passe la scène dans ma tête pour essayer de trouver ce que j'ai dit de travers. La curiosité mal placé ! Bien sûr, quel idiot !
-"Je... Je suis désolé", dis-je. "Pardonnez-moi..."
Elle ne réagit pas. Je marmonne dans ma barbe d'un ton rageur :
-"Mais pourquoi est-ce que je suis aussi maladroit ?"

Et soudain, l'inconnue se retourne, comme si ma phrase l'avait décidée.
-"Si vous y tenez... C'est pour un projet sur le thème "vie quotidienne". C'est mon idée", dit-elle sur la défensive.
Je lui souris et tourne le carnet vers moi.
On reconnaît facilement la place du Beffroi, les immeubles et petites boutiques qui la composent, ainsi que le café. Mais ce qui fait la particularité de ce qui pourrait n'être que des croquis classiques est que son auteure n'a pas figé les personnages. Ils sont tous légèrement flous et leurs visages ne sont presque pas travaillés. Ce sont juste quelques ombres à moitié effacées au mouchoir en papier.
-"C'est...", je commence.
-"Ce n'est pas encore terminé", ajoute-t-elle, légèrement agacée.
-"Mais c'est beau", je murmure.


La suite : Dimanche prochain...

Rue de Ménilmontant (Camille)
(Cover par... moi (!), sur ma chaîne YouTube !)


Et si vous voulez écouter le texte....



A bientôt !